Le Vent vivant

Le jour, le temps vacille,
la nuit, l’obscurité scintille,
et les courbes du monde
en l’infini se fondent.

Sur les chemins de pierre,
les étendues de lave,
partout sur l’île souffle
le Vent vivant.

De toute matière
de toute pensée
il dévoile l’illusion,

et de l’Esprit
il allume le feu,
fait jaillir la lumière.

Je suis.

Adieu, Poésie

Sur la déconvenue
l’automne lucide
jette une lumière crue.

Rêves. Condoléances.
La fontaine déchante,
la page restera blanche.

Adieu, Poésie.
Il n’y a qu’un rideau de brume
entre croire et ne plus croire,

et si peu de mots
entre aimer
et ne plus aimer.

~

Illustration : The Book of Age (Frank Mason)

Le grenier

Il sent le chêne et la poussière
et par les lucarnes aux carreaux sales
passent des rayons de lumière
qui chassent les fantômes.

Il n’est pas loin du ciel,
et les enfants le savent :
le grenier est un monde
entre oubli et magie.

Je mets là illusions et poèmes,
manuscrits, vieux tableaux et tarots :
quel heureux cimetière
pour mes rêves idiots !

illustration : Unsplash

C’est possible

Les fantômes qui se disaient je t’aime
se souviennent-ils enfin d’eux-mêmes ?
Et l’Amour brisé quand le jour s’est levé
dans le parc désert s’est-il relevé ?

Sur leur étoile étrange quelque part
dans les cieux, l’Ange et le Poète
s’enivrent-ils d’un délicieux mélange
de lumière et d’absinthe ?

Ont-ils écrit sur le papier de l’aube,
ensemble, le plus beau des poèmes ?
Fait-il enfin soleil
dans le cœur de Verlaine ?

C’est possible.

illustration : Verlaine (Gustave Courbet)