C’est possible

Les fantômes qui se disaient je t’aime
se souviennent-ils enfin d’eux-mêmes ?
Et l’Amour brisé quand le jour s’est levé
dans le parc désert s’est-il relevé ?

Sur leur étoile étrange quelque part
dans les cieux, l’Ange et le Poète
s’enivrent-ils d’un délicieux mélange
de lumière et d’absinthe ?

Ont-ils écrit sur le papier de l’aube,
ensemble, le plus beau des poèmes ?
Fait-il enfin soleil
dans le cœur de Verlaine ?

C’est possible.

illustration : Verlaine (Gustave Courbet)

Le roman

la fin dès le début
le début dès la fin

le nom des personnages
écrits à l’encre sympathique

« la vie »
ce titre un peu mélancolique

une énigme pour intrigue
et un dieu pour auteur

et tous ces mots inutiles
dispersés par le vent

et ce silence étrange
à la fin du roman

illustration : Wallpapercave.com

Traces

Quelque mots lilas,
silences qui traînent,
une tendre lumière,
reflets sur la Seine,

de nos mois de mai
de septembre aussi,
c’est je crois
ce qu’il restera.

Pas de bruyère,
deux noms sur la pierre,
outremer, le vent,
la mer toute seule

ou qui sait,
le grand bleu du ciel :
et de nous
que restera-t-il ?

illustration : Blue Sky (Sam Francis, 1960)

Lumière du Soir

Dans les jardins obliques
ou au théâtre d’ombres
personnages du Caravage
croyez vous donc à la réalité ?

D’un Songe nous venons
et à Lui vous retournerons.
Roses noires, roses blanches,
et nos âmes prises de vertige.

Alors au moins en imagination
allons goûter ce soir
dans la lumière à l’illusion
de ne jamais devoir mourir.

Souvenir

Te souviens-tu quand nous étions
Etoiles,
atomes, fusion, lumière,
soleils dans le noir infini ?

Te souviens-tu quand nous étions
Rivières,
transparences et reflets,
murmures dans la verte campagne ?

Te souviens-tu quand nous étions
Nuages,
dessins d’enfant, couleurs du soir,
voyageurs de l’azur ?

Vois-tu ce rêve que nous sommes
et tout ce qui nous attend
quand nous redeviendrons
tout ce que nous étions ?