La Saison des Arcs-en-ciel

Elle commence à la fin,
elle finit au début,
de quoi, de qui, où et comment ?

C’est un si beau mystère,
entre terre et ciel,
une aquarelle.

Brève,
comme un je t’aime,
parfois plus longue qu’une vie.

La Saison des jamais plus,
la Saison de toujours,
la Saison des arcs-en-ciel.

illustration : Радуга (Arkhip Kuindzhi, c.1905)

L’Ami du soir

Invisible et muet
l’Ami du soir et de l’oiseau
passe par les chemins,
s’arrête dans les jardins.

Sur la rose,
douce lumière,
et pour l’oiseau,
silence d’or.

Croire,
c’est le chercher.
Aimer,
c’est le trouver.

illustration : Pathway in Monet’s Garden at Giverny (Claude Monet, 1901-1902)

Le jour qui naît

L’esprit petit, cette masure aux volets fermés
ne laissant passer que si peu d’amour et de clarté,
que peut-il savoir de la lumière ?

Et l’âme frêle, cet oiseau de papier
qui se déchire et brûle en s’approchant du Soleil,
que peut-elle espérer ?

Mais il nous reste le coeur qui n’a ni mots ni ailes
mais assez de profondeur pour se laisser combler
par la beauté du jour qui naît.

illustration : Dawn in the Hills (Robert Julian Onderdonk, 1922)

Le Poète

À Baudelaire

Je voudrais comme vous
jouer avec le vent
et parler au nuage,

être un oiseau de mer
trop grand pour la terre
méprisé par les hommes.

Répondant à l’appel
de l’étoile, de la vague,
enivré, comme vous,

de la fleur et de la pierre
je saurais le langage,
et l’écrirais sans mot.

Choisi par l’infini
couronné de lumière,
comme vous, le Poète !

Arcanes majeurs

Sous le Soleil et la Lune, le Monde :
la Tour s’élève, l’Etoile brille,
le Fou danse, le Bateleur joue,
et l’Amoureux doucement rêve.

Le Chariot passe. Le Diable rôde.
Avez-vous vu le Pendu ?
Connaissez-vous la Mort ?
Qui fait tourner la roue de Fortune ?

L’Ermite sait.
Tempérance et Justice
vous diront comme lui
Hiérophantes et Papesses,

telle est la véritable Force !

illustration : l’Ermite (Tarot dit de Charles VI, XVème siècle)

Le village blanc

de dimanches en dimanches
baptêmes, alliances, adieux,
un vieux monsieur traverse
le village blanc

l’église sonne,
il ne s’arrête pas
et les fleurs à son passage
fanent

mais si tu ne crois pas
tout ce que les gens disent,
si comme un enfant
tu l’attrapes par la manche

et gentiment
lui sourit
de son air mystérieux,
il te sourira aussi,

le Temps

illustration : Old Man in Warnemünde (Edvard Munch, 1907)

Les jardins de Fibonacci

le cœur isocèle
calculer l’intégrale
des courbes d’un rêve

ensembles pleins
ensembles vides
dans une nuit non euclidienne

ces fleurs qui tendent vers l’infini
et leurs nombres complexes
aux couleurs parallèles

et leurs parfums fractals
et la beauté sans suite
des jardins de Fibonacci

illustration : handmade with Canva