Icare invincible

Si tu n’y crois pas,
si tu n’y crois plus,
comment feras-tu ?
Tu ne pourras pas,

voler dans le ciel
toucher le soleil
te brûler les ailes
tomber dans la mer.

Tu ne pourras plus,
Icare invincible,
tout recommencer
et puis réussir.

Illustration : Icarus (Odilon Redon)

Ressemblances

On ne sait pas très bien
À quoi vous ressemblez.
Certains disent à un homme,

peut-être aux étoiles, la nuit,
au seul mot qui suffit
pour écrire le livre d’une vie,

à « jamais », à « toujours » et à toi,
et tellement plus encore,
je crois.

Illustration : Buddha (Odilon Redon, c.1906)

Le roman

la fin dès le début
le début dès la fin

le nom des personnages
écrits à l’encre sympathique

« la vie »
ce titre un peu mélancolique

une énigme pour intrigue
et un dieu pour auteur

et tous ces mots inutiles
dispersés par le vent

et ce silence étrange
à la fin du roman

illustration : Wallpapercave.com

Après les mots

Brillante étoile en toi, en tous,
petit enfant rêveur, elle te guide.
Mais surtout n’écris plus
quand tu t’approches du Silence.

Avant les mots l’Amour existait.
Après les mots, Il continue.
Et le poème tout blanc,
c’est un mystère si grand,

tout à la fin produira
dans les yeux de qui le lira,
lumineux, comme un éclat
merveilleux.

illustration : Calligraphy (Abdul Qader Al Raes)

Lost & found

un parapluie troué
pour guetter l’éclaircie

la clé d’une porte ouverte
trois porte-clés sans clé

miroir de poche brisé
sourire cassé

comme un arbre en hiver
portefeuille sans feuille

grandes lunettes noires
pour essayer de voir

et ce petit missel
pour continuer d’y croire

illustration : la composition au parapluie (Fernand Léger, 1932)

Lettre aux oiseaux, aux lacs et aux étoiles

Je vous écris ma lettre,
chers oiseaux des forêts
et des montagnes bleues,
vous qui chantez l’aube émeraude.

Je vous écris ma lettre,
chers lacs aux eaux limpides,
vagabonds immobiles
pleins de rêves immenses.

Je vous écris ma lettre,
chères étoiles du ciel,
silencieuses amies
de la Nuit et du bon Dieu.

À tous je vous écris ma lettre
pour vous dire que je suis heureux,
un jour, emporté par le vent,
de vous retrouver tous.

illustration : Daybreak, lake Geneva (Clarence Gagnon, 1913)

La Saison des Arcs-en-ciel

Elle commence à la fin,
elle finit au début,
de quoi, de qui, où et comment ?

C’est un si beau mystère,
entre terre et ciel,
une aquarelle.

Brève,
comme un je t’aime,
parfois plus longue qu’une vie.

La Saison des jamais plus,
la Saison de toujours,
la Saison des arcs-en-ciel.

illustration : Радуга (Arkhip Kuindzhi, c.1905)