C’est possible

Les fantômes qui se disaient je t’aime
se souviennent-ils enfin d’eux-mêmes ?
Et l’Amour brisé quand le jour s’est levé
dans le parc désert s’est-il relevé ?

Sur leur étoile étrange quelque part
dans les cieux, l’Ange et le Poète
s’enivrent-ils d’un délicieux mélange
de lumière et d’absinthe ?

Ont-ils écrit sur le papier de l’aube,
ensemble, le plus beau des poèmes ?
Fait-il enfin soleil
dans le cœur de Verlaine ?

C’est possible.

illustration : Verlaine (Gustave Courbet)

Poème en kit

Déballer les cartons,
devenir vagabond,
lire ce qu’écrit le silence
au jardin des assonances,

regarder l’hirondelle
trouver une rime à « ciel »,
s’amuser des métaphores,
ne pas craindre la mort,

et puis oublier très vite
ce petit poème en kit.
La poésie c’est la vie,
et c’est l’Amour aussi.

Le roman

la fin dès le début
le début dès la fin

le nom des personnages
écrits à l’encre sympathique

« la vie »
ce titre un peu mélancolique

une énigme pour intrigue
et un dieu pour auteur

et tous ces mots inutiles
dispersés par le vent

et ce silence étrange
à la fin du roman

illustration : Wallpapercave.com

Lettre aux oiseaux, aux lacs et aux étoiles

Je vous écris ma lettre,
chers oiseaux des forêts
et des montagnes bleues,
vous qui chantez l’aube émeraude.

Je vous écris ma lettre,
chers lacs aux eaux limpides,
vagabonds immobiles
pleins de rêves immenses.

Je vous écris ma lettre,
chères étoiles du ciel,
silencieuses amies
de la Nuit et du bon Dieu.

À tous je vous écris ma lettre
pour vous dire que je suis heureux,
un jour, emporté par le vent,
de vous retrouver tous.

illustration : Daybreak, lake Geneva (Clarence Gagnon, 1913)

La Saison des Arcs-en-ciel

Elle commence à la fin,
elle finit au début,
de quoi, de qui, où et comment ?

C’est un si beau mystère,
entre terre et ciel,
une aquarelle.

Brève,
comme un je t’aime,
parfois plus longue qu’une vie.

La Saison des jamais plus,
la Saison de toujours,
la Saison des arcs-en-ciel.

illustration : Радуга (Arkhip Kuindzhi, c.1905)

Arcanes majeurs

Sous le Soleil et la Lune, le Monde :
la Tour s’élève, l’Etoile brille,
le Fou danse, le Bateleur joue,
et l’Amoureux doucement rêve.

Le Chariot passe. Le Diable rôde.
Avez-vous vu le Pendu ?
Connaissez-vous la Mort ?
Qui fait tourner la roue de Fortune ?

L’Ermite sait.
Tempérance et Justice
vous diront comme lui
Hiérophantes et Papesses,

telle est la véritable Force !

illustration : l’Ermite (Tarot dit de Charles VI, XVème siècle)

Le village blanc

de dimanches en dimanches
baptêmes, alliances, adieux,
un vieux monsieur traverse
le village blanc

l’église sonne,
il ne s’arrête pas
et les fleurs à son passage
fanent

mais si tu ne crois pas
tout ce que les gens disent,
si comme un enfant
tu l’attrapes par la manche

et gentiment
lui sourit
de son air mystérieux,
il te sourira aussi,

le Temps

illustration : Old Man in Warnemünde (Edvard Munch, 1907)

Traces

Quelque mots lilas,
silences qui traînent,
une tendre lumière,
reflets sur la Seine,

de nos mois de mai
de septembre aussi,
c’est je crois
ce qu’il restera.

Pas de bruyère,
deux noms sur la pierre,
outremer, le vent,
la mer toute seule

ou qui sait,
le grand bleu du ciel :
et de nous
que restera-t-il ?

illustration : Blue Sky (Sam Francis, 1960)